Le voile de l'automne avait apporté ses couleurs chaudes et sans rayons, sous un ciel gris avant de masquer le soleil derrière la sombre péninsule de l'hiver qui s'annonçait.
Les genoux écorchés, les bras couverts de bleus, les cheveux en bataille, les boutons manquant sur sa veste, la chemise ouverte, Agathe marchait telle un somnanbule dans la ruelle de Fleet Street qui lui semblait déserte et sombre contrairement à son habitude.
Très vite, le peu de lumière qui éclairait la ville prit une teinte orangé, la couleur du soleil couchant que les habitants n'avaient pas pu voir derrière les nuages noirs imposants. Sa respiration devint saccadée tandis qu'elle avançait lentement avec crainte et épuisement, se remémorant les injures qu'on lui avait lancé pour être la fille du plus grand meurtrier d'Angleterre jamais connu. Battue pour un homme qu'elle ne connaissait de nom et qu'elle ne voyait qu'une fois tous les deux ans sur un quai de gare durant une heure avat qu'il se volatilise aussitôt.
Sa dernière discussion avec lui l' avait incommodé:
- Papa, pourquoi tu fais ça ?
- ...
-...A l'école, ils disent des choses.
- Tu crois ces choses ?
- Non...
- Bien.
C'est vrai, Agathe n'y croyait pas. Pourquoi son père tuerait-il des prostitués à Londres ? Quel plaisir assouvriait-il à faire cela ? Plaisir ? Agathe comprit que ses relfexions étaient des plus incongrues.
- Jack ! Il faut y aller...appela un homme.
- J'arrive, dit l'homme sous son chapeau noir qui ombraient ses yeux qu'Agathe n'avait jamais pu croiser.
Et, bien qu'une étrange aura lugubre émanait de lui, chaque baiser qu'il posait précautionneusement sur le front proéminent caché sous la frange de la petite Agathe était d'une douceur infini et d'un geste attentionné, joint d'une caresse d'un pouce sur la joue gauche jouflue de la jeune fille, avec cette impression d'être la plus belle femme de monde aux yeux d'au moins un homme. Puis il se levait et la laissait, tandis que demain elle retrouverait le meurtre de Mary Jane Kelly, une prostitué s'ajoutant au tableau de chasse de son preux père dont elle ignorait l'ignominie et la déchéance dont elle deviendrait victime.
Mais plus tard, laissons la jeune fille naïve gardé cette image de Prince charmant qu' arborait son père à ses yeux, ce que beaucoup d'individus auraient qualifié d'homme mystérieux. Elle resta là, assise, en se réconfortant dans l'idée que son père en était un parmi tant d'autres, malgré le fait qu'un soir, il lui infligea un sourire. Pas ces sourires que les gens vous lancent avec hypocrisie ou chaleur mais ces sourires douloureux, dont l'Homme est l'auteur.
Elle effleura du bout des doigts ses joues lacérées avant de reprendre la route, elle et son sourire.
"Le sourire de l'ange."